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mardi 12 février 2013

Chokri Belaid : le symbole et la trace !





Hakim Ben Hammouda.



            Quels moments émouvants et quelle grande tristesse, nous avons vécus depuis l’annonce macabre ce mercredi matin de l’assassinat de celui qui est devenu le martyr et la nouvelle icône de la révolution et de la démocratie, Chokri Belaïd ! Un moment émouvant particulièrement pour ceux qui l’ont connu depuis des années et qui ont partagé avec lui un engagement contre l’autoritarisme depuis les jeunes années de l’université ! Un moment plein de tristesse de voir la douleur d’une famille, de sa femme, Besma, mère courage, et de ses deux filles condamnées à la séparation d’avec l’être le plus cher. Mais aussi des moments d’inquiétude de voir la révolution tunisienne, qui a su en dépit des hauts et des bas, garder un caractère pacifique, sombrer dans la violence et dans le sang !
Ces funérailles nationales et cet engouement populaire, jamais vu dans l’histoire de la Tunisie et que certains ont comparu à celui du retour de Bourguiba d’exil le 1ier juin 1955, a constitué une réponse sur l’ancrage de la démocratie et de l’utopie de la liberté en dépit des thèses des néo-orientalistes sur l’hiver arabe et la fin des révolutions. Certes, la tristesse était grande de la perte de cet être cher ! La douleur était visible sur tous les visages ! Les compagnons, les camarades et les militants étaient là pour saluer celui qui a animé leurs discussions et leurs échanges parfois farouches et toujours passionnés ! Ils étaient là pour passer un dernier instant avec celui aussi qui égayait leurs soirées par les chants de sa voix tendre et suave qui égrenait les mélodies d’amour du répertoire des grands classiques de la chanson arabe comme personne d’autre !
Mais, sa famille, ses compagnons et ses camarades n’étaient pas seuls dans ce dernier voyage. Ils étaient accompagnés par des centaines de milliers personnes à Tunis et dans toute la Tunisie qui ont tenu à être aux côtés de celui qui est devenu le symbole de l’utopie révolutionnaire et des printemps arabes ! Ils ont bravé le froid et un ciel qui n’arrêtait pas lui aussi de participer au deuil et de pleurer son martyr. Ils étaient de tous les âges ! Des jeunes qui n’avaient peut-être jamais entendu parler du dirigeant politique ! Des personnes en milieu de vie qui ne partageaient peut-être pas les idéaux politiques de Chokri Belaid ! Des femmes qui scandaient leurs youyous à la manière des palestiniens enterrant leurs martyrs et qui ne connaissent peut être pas le parti politique de Chokri Belaid ni ses engagements ! Des citoyens qui se sont peut-être éloignés de la scène politique après que les professionnels de la politique ont pris en otage l’utopie révolutionnaire née le 14 janvier pour en faire un objet de petits arrangements entre amis ! Mais, tous se sont réunis en ce vendredi 8 février autour de cette nouvelle icône de la révolution et de la démocratie! Ils ont mis leurs différences en sourdine pour célébrer celui qui leur a permis de se retrouver de nouveau ! C’est toute la Tunisie qui a oublié un instant ses différences, ses peurs, ses angoisses pour accompagner celui qui est devenu son héros et exprimer son refus de la violence !
Beaucoup a été dit sur Chokri ! Par ses camarades, ses compagnons et bien d’autres qui l’ont peu connu ! Et, beaucoup sera certainement écrit encore sur sa détermination, son abnégation et sa force de caractère ! D’autres souligneront le parcours de ce militant qui a eu vingt ans dans les années 1980. Une période marqué par le chancellement du « père de la nation » et par l’exacerbation des appétits de dirigeants d’un nationalisme autoritaire en fin de règne. Comme ceux de sa génération Chokri était le témoin de cette grande crise d’un nationalisme autoritaire qui a fini par renoncer à l’idéal de liberté d’une modernité de laquelle il se réclamait du temps du mouvement national et qui s’est convertie avec l’usure du pouvoir en un modernisme despotique. Il faisait partie d’une nouvelle génération d’intellectuels organiques qui portait le projet de transformation sociale de la gauche en Tunisie.
Cette nouvelle génération d’intelligentsia gramscienne portait en elle l’héritage de la première génération de militants communistes en Tunisie. Il s’agit de la génération des militants qui ont découvert l’utopie du monde meilleur à travers les luttes syndicales et en côtoyant leurs camardes français dans les mines du Sud, les usines de Sfax et les autres lieux d’effervescence sociale de Sousse à Gabès en passant par Tunis et les autres villes de l’intérieur. Cette première génération de militants s’est engagé corps et âme dans l’idéal communiste et la possibilité d’une révolution sociale qui libèrera le prolétariat de ses chaînes et annoncera l’aube du socialisme. Cette première génération de militants a été au cœur des luttes sociales et a participé à la naissance de l’utopie de l’égalité des droits avec l’autre. Cette lutte ne limitait pas aux frontières nationales mais s’inscrivait dans l’internationalisme avec la nouvelle patrie des travailleurs et portait avec force et conviction l’espérance du grand soir révolutionnaire.
Cette première génération de militants, contrairement à ce qu’on dit souvent, n’a pas ignoré la question nationale. Elle a participé, aux côtes du nationalisme, à la lutte contre la colonisation et avait également payé un lourd tribut en emprisonnement, privations et tortures. Mais, peut-être a-t-elle trop mis l’accent sur la question sociale ? Peut-être n’a-t-elle insisté sur le rapport entre libération sociale et libération nationale ? Peut-être a-t-elle pensé que la fin de l’exploitation ouvrirait logiquement le chemin de la liberté nationale ? Des erreurs et forfaits qui ont été à l’origine de sa marginalisation dans le mouvement de libération au profit du nationalisme et du futur « Grand combattant ». Après l’euphorie de l’indépendance et les années d’utopie nationaliste, l’autoritarisme va prendre le pas et les alliés d’hier seront les premières victimes de la répression. L’interdiction des partis d’opposition après le coup d’Etat manqué de 1962 va instaurer une chape de plomb. Ainsi, c’est de leur exil et de leur clandestinité que cette première génération de militants de gauche va assister impuissante à la dérive autoritaire du nationalisme et à l’avènement du système du parti unique.
Chokri et ses camarades sont aussi les héritiers de la seconde génération de militants ou ce qu’on a appelé la nouvelle gauche. Une gauche qui est née dans le contexte de la guerre du Vietnam mais aussi des happenings joyeux et libertaires des révolutions de la jeunesse mondiale à la fin des années 1960. Ces révoltes portaient une double charge subversive. D’abord, contre la domination et les rêves d’empire et les guerres menées par les puissants pour imposer leur hégémonie sur le monde. Ce sont aussi des révoltes contre l’autoritarisme et cette terrible transformation de l’utopie communiste en une dictature implacable qui a étouffé dans les goulags les rêves d’autonomie du sujet.
La jeunesse tunisienne s’est inscrite de toutes ses forces et par l’insouciance de sa fleur d’âge dans ce vent de liberté globale. L’appel du peuple palestinien a été entendu comme celui du peuple vietnamien et les jeunes tunisiens se sont engagés dans un soutien sans failles aux peuples en lutte de par le monde. Mais, la nouvelle gauche tunisienne entamera alors un engament historique contre l’autoritarisme et la tyrannie. Cet engagement sera d’abord contre un nationalisme qui n’a gardé de ses engagements modernistes du temps des luttes de libération nationale qu’une modernisation autoritaire qui fait fi des rêves de liberté et d’autonomie du sujet. Cet engagement contre l’absolutisme ne s’enfermera pas dans les frontières nationales mais s’attaquera aussi à la dictature qui s’exerce au nom du prolétariat et que beaucoup considèrent comme désormais comme une grande déviation de l’utopie libertaire du communisme.
La nouvelle gauche tunisienne s’est engagée dans ses années utopies où le fonds de l’air était rouge. Ces années étaient d’une grande effervescence intellectuelle, politique et artistique. La critique radicale du nationalisme et de son autoritarisme débouchera dans les années 1970 sur l’idéal démocratique. Les luttes sociales seront à l’origine du renforcement de l’action syndicale et de son autonome par rapport au pouvoir. La critique de la culture dominante sera à l’origine de l’émergence de nouvelles formes d’expression à tous les niveaux qui façonneront de manière radicale la culture tunisienne et l’ouvriront sur les grandes expérimentations globales. Mais, cette jeunesse payera sa révolte au prix fort face à un nationalisme embourbé dans une autocratie sourde aux rêves de démocratie des héritiers de l’indépendance. Emprisonnement, privation et torture seront les seules réponses offertes par un pouvoir chancelant et un leader vieillissant.  
La mémoire portée par Chokri et ses camardes sera marquée aussi par la troisième génération qui a porté l’idéal d’une monde meilleur dans les années 1980. Une période marquée par la violence et la brutalité qui vont toucher tous les niveaux de la vie sociale. Une brutalité d’abord au niveau des grands titans de la guerre froide avec la mise en place par Reagan, le nouveau prédicateur de la suprématie occidentale, de la guerre des étoiles. La cruauté sera aussi au cœur de la dernière guerre menée par une « patrie du prolétariat » qui a perdu toute son attraction en Afghanistan. La violence sera présente en Tunisie et constituera l’arme d’un régime en pleine crise face à la contestation politique et sociale. Cette violence sera également présente dans les universités tunisiennes avec la montée en force de l’islamisme politique porté par la victoire de la révolution islamique en Iran.
L’histoire de la troisième génération de gauche à laquelle a appartenu Chokri et bien d’autres sera marquée par cette violence. Elle suivra la radicalisation de lutte conte les mouvements de guérilla en Amérique Latine et ailleurs. Elle protestera de toute sa soif de justice contre la guerre du Liban en 1982 et fréquentera les palestiniens en désespoir lors de leur séjour en Tunisie. Mais, surtout elle vivra cette violence dans ses confrontations et ses batailles avec un islamisme qui avait le vent en poupe en ses temps de crise de la modernité et du retour du religieux. Une violence dans le quotidien avec les attaques et les batailles rangées. Mais, aussi une violence dans les débats contre cette quête des origines et de l’utopie du retour à l’âge d’or. C’est de cette époque que certains protagonistes du débat public sont les héritiers aujourd’hui. De cette période ils ont hérité des rêves mais aussi de la violence et de l’agressivité.
Chokri et ses camarades sont enfin les héritiers de la dernière génération d’avant-garde. Il s’agit des blogueurs et des cyber-activistes qui ont déserté les champs modernistes de la politique pour mener une dissidence radicale contre un autoritarisme anachronique. La toile est devenue l’espace public de préférence pour cette nouvelle élite et la dissidence la nouvelle culture de ces révolutionnaires 2.0. Cette nouvelle forme de contestation anonyme et intouchable pour un pouvoir déboussolé devant cette nouvelle mobilisation post-moderne.
Ce sont ces différentes traditions qui se sont retrouvées entre le 17 décembre et le 14 janvier 2011 et qui ont contribué à la chute de la dictature. Cette rencontre et cette convergence entre différentes traditions et plusieurs générations d’engagements ont été symbolisées par Chokri Belaid qu’on a voulu taire par son assassinat. Ces différentes traditions se sont rencontrées et ont fait de cette conjonction le lieu de construction d’un nouvel univers et d’une nouvelle raison politique marquée par le rejet de la domination, le refus de l’autoritarisme, la critique de la quête des origines et une affection démesurée de la dissidence et de la liberté. Ce sont ces convergences et ces confluences qui sont au cœur des printemps arabes et du retour des arabes dans l’histoire d’une construction d’un universel partagé et commun. Chokri Belaid a porté cette synthèse et il en est devenu le symbole. C’est probablement la raison pour laquelle il est devenu la cible depuis quelques mois de tous ceux que ce retour des arabes dans l’histoire effraie !
Mais, contrairement à ce qu’espéraient ceux qui pensaient l’éliminer, la disparition de ce symbole et de cette icône de la révolution laissera une trace indélébile dans le ciel assombri de la révolution tunisienne. Ce rassemblement douloureux et déterminé le jour des funérailles est une preuve que cette disparition constituera un nouveau départ pour un processus révolutionnaire englué dans les méandres d’un politique détaché de l’idéal révolutionnaire qui a emporté l’autoritarisme. Une première trace de ce nouveau départ est l’unité retrouvée de la société et qu’on a perdue au lendemain de la révolution. Si la révolution a uni les gens contre la dictature, l’assassinat de Chokri Belaid a été l’occasion d’exprimer un rejet de la violence qui commençait à s’installer de manière insidieuse dans l’espace politique.
L’unité retrouvée des forces démocratiques a été une autre trace de la disparition de Chokri Belaid. L’histoire des différentes composantes est celle des vieilles batailles idéologiques, des stratégies politiques différentes et parfois des ego démesurés. Cette disparition a eu l’effet d’un choc et a été l’occasion de retrouver la convergence et la synthèse qui ont nourri l’idéal révolutionnaire.
La dernière trace aura peut-être accélérer la mue démocratique dans l’islamisme politique. Une transformation qui ne pourra que renforcer la transition démocratique.
Symbole et icône d’une convergence entre les différentes traditions de la gauche démocratique et d’une synthèse entre les idées de liberté, de raison, de transformation sociale et de dissidence, la disparition de Chokri Belaid est à l’origine d’une nouvelle trace et d’un nouveau départ pour l’utopie des printemps arabes.  

mercredi 12 octobre 2011

ليلة 14 جانفي آخر الليالي البيض





يوم 14 جانفي2011 من الحداش للثلاثة بعد تصف النهار...

ترَجِّتْ الأشجار و عشوش الأطيار و شبابك البلار....

ورعشت عرص البيطون الغارقة في الصرب الأشخم اللي يموج تحت تونس البية...

وهفتت الارياح اللي جاية من رابع الاركان: خلوة بالحسن الشاذلي، قبة أحمد بن عروس، خلوة أحمد الشريف وعلوة سيدي أحمد عمَّار...

لا في الحال زيادة نموت نموت ويحيا الوطن.... في قراجم التوانسة تعطي للموت نكهة من نوع أخر تشبه لهاك المشنقة في جماعة خلاعة في لغة الزبراطة والتكارلية

هو أحلى كيف يحيا الوطن واحنا معاه أمَّا بلاش الصرب اللي على كل لون واللي يطفح على وجه تونس لين وللَّى قدرها ما يجيش في قدر قهرمانة قديدة تنضف في بيوت بنات سيدي عبدالله قش مقابل دنُّوس و سيقارو كريستال وحق التكسي لنهار اللي باش تمشي تعمل الشيميو باش ينزاد في حياتها أيامات تعارك الهم الأزرق اللي جاها في عشها.....

نهار اربعطاش من ينَّار آخر ليلة في الليالي البيض، أمَّا رزنامة التراجيديا ما حبت كان تقلب الفصول على كيفها...

رزنامة التراجيديا ورزنامة الفلاح الروماني ماغون اللي ورثها لاولاده واولاد أولاده تقابلو مع بعضهم في آخر ليلة من الليالي البيض و بشرو بدخول الليالي السود اللي فيهم يتفتق كل عود....

عود التوانسة قعد نايم طول مدة الليالي البيض...ليالي داموا 55 عام... نهار 14 جانفي آخر نهار في الليالي البيض وليالي السيمان والبيطون اللي اتصب على قلوبنا وجواجينا.

رُكْح نهار 14 يستنى عنده أيامات في اصحاب الأَدْوَار اللي باش يحتلوه....

الليلة اللي قبلها وليالي أخرين كيفها، تعَلـَّم الواحد يحكي وحدُه، آنا بطبيعتي راسي راس المكينة نتقاسم فيها مع بنتي:

-" شفت الفيديو اللي هبطت على الحي؟"

-ريت الاخرى اللي في قصر سعيد؟...

قربنا من بعضنا أكثر... ربما ما كنتش الزوج المثالي في حياتي وربما ما كنتش البو الكامل وأغلب الضن ما كنتش مناضل من القماش المتداول ما كان عندي حساب كان بيني وبين ضميري واللي كان يهمني هو أنه كل صباح كيف نبدا راس راس أنا وفيقورتي قدام المرايا متاع بيت البانو ما يجينيش غرض الردان ترسيلي مركب إسوي قلاص باش نمسح البزاق كل مرة نبدا نحجم....

ومن جهة اخرى حتى الدنيا ما قصرتش معايا من ضرب الكلاط اللي في جنابي وجواجي و عشيرات العمر، وبالتالي كيف الواحد منع بجلده وخاصة بطاسة مخُّو وما ولاش ألكوليك والا مضبع يتسمى سلكها ولاباس. وفوق هذا ودونه لا عندي مشاريع لا متاع منا ولا منا والسلام بالعافية قال البوليس متاع مسرحية فاميليا.

الليلة اللي قبلها ولـَّى ما عاد بيها وين... البنية تفركح كي شيطان الدبوزة ماللي خرج خبر الاضراب العام والمسيرة في الافينو وخصوصي بعد ما خرج علينا الحيوان بن علي لأول مرة بلوغته الحقانية متاع البورتلاقات والخطاب بودورو بدارجة ما جاتش حتى بزوز صوردي. 23 سنة يستعمل في العربية يخدع فينا، بان بالكاشف اللي العربية في فمو ما هي كان كيف هاك السبحة في يدِّين الطحَّان.... التوانسة بأمثالهم لا خلات لا شاردة ولا واردة وما عملتلهاش تصويرة ومشهد يُغْني على ميات تعليق.

الطحين من أشنع الشتائم في خيالنا الشعبي والسيد العبقرية اللي قالو كان مستشار رافاران و كرزة متاع كومونيكاسيون في بانكة روتشيلد طلع ما عندو حتى قرام ثقافة في الأمثال العامية و لا عمرو سمع بالزازية الهلالية ولا بطريق متاع غنَّاية ولا محل شاهد و من باب أولى وأحرى عمره لا قرى قصيدة عبد الرحمان الكافي متاع "الصبر لله والرجوع لربي"... لوكان عنده دراية بها الحاجات عمرو ما ينصحو يتكلم كيف ما تكلم ليلتها واللي كانت عبارة على أنه جاء قدام الكامرا ونحى سرواله ودارلنا بترمته بكل ما فيه من مساوئ وكعال وشلافط وأشياء كريهة.... وما اشنع من هاك المشهد هو مشهد الأربعة جرابع متاع زاوية سيدي الحباري اللي خرجو بعد الخطاب في بالهم باش نرجعو كيف ما كنا قبل الزيادات.... آش جاب وآش جاب هاذيكة كاريزما باربعة كلمات متاع بورقيبة عنده أربعة دقائق وعي في النهار و هاذيكة تخرخيطة سروال على الهواء....

-" غدوة نهبطو لساحة محمد علي؟"

قالتهالي في قالب سؤال متاع عندكش عندي أمَّا الصحيح هو قرار ما فيهش رجوع... قلتلها:

- "نمشيو أمَّا راهو ممكن نموتو، نتجرحو والا تجرى فينا سبة"

- "نمشيو ما يهمش كيف التوانسة الكل ما ناش خير منهم"

- "نحضروا الخل على ما ياتي لللاكريموجان ونمشيو على بكري التسعة يلزمنا نكونوا في ساحة محمد علي...

ما عندنا ما رقدنا، الليل وما طال الليل والعينين منقوبة في الفايسبوك العظيم اللي شغل الناس وملأ الدنيا دفاء وحنانة وونَس وبرشة من الهلواس بعد ما كان عبارة على زنقة عنقني وتبزنيس على ولاد وبنات الناس

mardi 6 septembre 2011

علاش نترشح وأنا في العمر هذا؟ وعلاش من فوق مستقل؟

الجزء الأول

ما كانش في حسابي، بحكم طول الرحلة اللي تفصل ما بين نهار 20 مارس 1956 وأيامات مشهودة قبلها وأي نهار من تاريخ بن علي المشوم، أنه باش يتحل في وجوهنا ووجه تونس باب العرش اللي عندها قرون تستَنَّى فيه. موش كان على حد الـ 55 سنة الفاصلة بين 1956 لتوة....

من الاستقلال الداخلي لآعلان الجمهورية حللينا عينينا وكبر بينا الحلم، والصغير احلامه كبيرة و يكبر وتكبر أحلامه معاه، ومهما كبحهم يغلبوه، والصغير كيف تقول له غدوة الدنيا بين إيديك يعمللها جوانح كان لزم باش يفرفر و يجنَّح ....

أمَّا كي ما يقولوها "يا فرحة ما تمَّتْ" ما دامتش الحلمة...طلع حديث الليل مدهون بالزبدة كيف زرقت فيه الشمس ذاب.

أحلام أجيال متعاقبة كلاها الحافر، ما نيش نحكي على أحلام النخب واصحاب الامتيازات والا اللي مشات معاهم الدنيا بشوية معرفة وعلم وشهايد، نحكي على أحلام مترابطة متاع توانسة من جملة التوانسة كيف الناس وخير من الناس وأقل من الناس، توانسة إللي رواو حكايات الغلب والقهر والمظالم من جدودهم واباتهم، فيهم اللي تهجرو بالغصب وفيهم اللي هجو مانعين بجلودهم على وجه الارض من بر لبر، حكايات اللي ماتو قي صلياقة والا في الزندالة والا معلقين في احبال المشانق والا حتى في الكرَّاكة (كاراكاس) في كيَّان.

حكايات تنقشت في الذاكرة كيف الأساطير والا أشعار بمهاوي الغناء تتنقل بين النزالي والدواوير والا تطفح كيف 'اللايت موتيف' متاع فيلم كيف يتلم الميعاد ... غنايات ترجع وتهز معاليق الروح كيف تشرقع بها الرحَّايات وتخللي المدامع وديان....ه

احلام لاهي في كسب ولا في قسمة غنايم، احلام في ردَّان الشرف اللي ضاع والكرامة اللي تهانت على خاطر في آخر الامر ما بغيضكش من مات أمَّا يغيضك كان الغلب وين بات.... ولغلب كان ديمة بايت عندنا غلب الترك والحسينية والفرنسيس وغلب بني جلدتنا من 55 عام.....

ومهما طلعت حساباتي غالطة واتحل باب العرش وبل قول اتخلعت أقفال باب العرش والا نزيد نأكد نقول الحشود خلعتها وبدات تزحزح في باب العرش من نهار 17 ديسمبر وبدات الحلمة ولآت حقيقة ووعي وشيء ثابت عمرو ماكان في حساباتي مسألة لعبان أي دور من أدوار السياسة. و لربما زدت يقين أكثر كيف شفت ها للي جاو ودزو الباب بقرونهم وبداو يتهافتو عاري ولابس أحزاب وجبهات وسمي واحسب واغلط.

الموقف هذا موش من باب الانسحاب والا الاستقالة من قلم السياسة، أمَّا قناعة اللي أمَّالي المول يحب يقول الحشود وبالأخص الشبيبة هي "صاحبة المصلحة" في ماخذة مصيرها ومصير البلاد بيديها، بمعرفتهم وكان استحقو لمشورة والا لراي ما عنديش مزية كيف نقدمهالهم.

بالطبيعة كيف نقول الحشود والشبيبة موش زادة بوه على خوه، هومة اللي نجمو يخلخلو سيسان الجبروط والطغيان والاستبداد ما هيش باش تكيدهم كيفاش ينظموا ارواحهم ويعبرو على اللي يدور في أذهانهم وقلوبهم.... وفي قلم الشبيبة عندي شوية تجربة والبعض من الرؤية بحكم المخالطة اللي جمعتني بعدد كبير منهم قي العالم الافتراضي وكسبت ودهم وصداقتهم وحتى في بعض الاحيان عداوة البعض منهم، وفي معرفتي لعشرات منهم قبل وبعد الثورة اكتشفت القوة الهايلة اللي عمل بن علي مدة 23 سنة باش يفييها ويدمرها بكل أشكال التدمير من الزطلة للشراب للفساد للحرقة للتدين الكاذب والتخونيج للعهر للفلوس المسخة لانعدام القيم والاخلاق للغدرة لبيع الضمير و و و.... ومع هذا الكل قعدت فيهم بأعجوبة شعلة دوبا ما تنوس هي اللي بدلت الليل نهار وهدت سيسان الدُّمَّار.

أمَّا بعد هدُّو السيسان، كيف اللي جاتهم بهتة ووهقة، كيف اللي كبرت عليهم عملية هزَّان مصيرهم بيديهم، والطبيعة ما تتحملش الفراغ، ما دامهم غلب عليهم الشك وجبدو ارواحهم وقعدو يستنَّاو، تملات الدنيا بالآحزاب لا خمسة ولا عشرة ولا خمسين وبالطبيعة الكثرة تقهم وتنفر وتعيف مهما كان الجوع قبل لآحزاب مهمة ومنابر يلقى الواحد فيها روحو. صار الامر من الشيء لضدُّه وكيف ما يقولوها عل الفايس بوك: "جمعتنا الثورة وفرقتنا الاحزاب" .

تمنيت وموش كل ما يتمنَّى الواحد ينالو، تمنيت نكون مع جملة من أندادي واصحابي من مساندي قايمة والا عدد أكبر من قايمات بكلها شبيبة كيف ما اللي عرفتهم وعرفت أفكارهم نسمي البعض من اساميهم المستعارة (البيق وماني وماهيفا وآمنة بنجي، وستوبور وسيتوايان وبراستوس وزاد و سمسوم وعاشور الناجي وااللص نومرو واحد ، ونادو والدوعاجي وأرابيكا وولادة و نوفراج والمرساوية بنت عايلة، وجلنار وبنت طراد وشوت ليبرو بنية تونسية وعياش والزبراط وأرابستا ومرا غبية.... وغيرهم تعد وتنسى الأسامي أمَّا عمرك ما تنسى أفكارهم واراءهم وحماسهم في أعوام القمع ، شيء باتفدليك وشيء بالجد وشيء بالشعر وشيء بالاحباط أمَّا الشيء اللي يجمع بينهم هو الأمل في حلمة)......

ما هيش مسألة عمر، أمَّا مسألة متاع رؤية و وعي وجمرة يحسوها لزتهم باش يعبرو عليها كل حد بطريفته وكل حد ببجواجيه ولحظات هبلتو وتعاستُه.

يتبع.

lundi 25 avril 2011

OU RESIDE LE DEVOIR : DANS LA DIVISION OU LE RASSEMBLEMENT ? (suite et fin)

Par Aziz Krichen

Commençons par la composition du régime. L'opinion courante offre à cet égard une première approche : le régime, c'est le clan Ben Ali-Trabelsi et ses alliés. Des alliés que l'on retrouve à la tête de la plupart des grosses fortunes du pays, avec des positions de quasi monopole dans les secteurs de l'import-export, de la banque, du tourisme, de la spéculation immobilière et foncière, des BTP, des télécoms et de la grande distribution. En appliquant la grille sociologique occidentale, ces cercles dominants s'apparenteraient à la grande bourgeoisie capitaliste. Beaucoup d'ailleurs, dans nos milieux dits progressistes, se satisfont de ce genre d'approximation, en lui ajoutant parfois tel ou tel qualificatif supplémentaire - notre grande bourgeoisie serait affairiste, prédatrice, maffieuse, etc. -, pour préciser ses pratiques et ses méthodes.

Les formes de la dépendance

Comme toujours lorsque l'on utilise des schémas importés, une telle définition ne permet pas de saisir l'essentiel. Elle oublie ou laisse de côté un phénomène fondamental : le caractère dépendant et asservi de l'économie tunisienne, le caractère dépendant et asservi de son capitalisme et de ses capitalistes. Au-delà de la présence directe d'intérêts étrangers sur le sol national, la dépendance se mesure chez nous de deux manières différentes, étroitement liées entre elles. La première forme de dépendance s'exprime à travers les mécanismes de l'échange inégal. En gros, cela veut dire que ce que nous exportons vers l'Europe - notre premier partenaire commercial - est vendu en dessous de sa valeur réelle et que ce que nous en importons est acheté au-dessus de cette valeur. En d'autres termes, nos échanges avec le Nord se traduisent pour nous par une évasion, une extorsion de valeur ; plus ces échanges se développent, plus la ponction augmente et plus la pression sur nos ressources naturelles et humaines s'alourdit.

La deuxième forme de dépendance est définie par les modalités de notre insertion dans le système de la division internationale du travail. Contrairement à ce qu'affirme la propagande officielle, la Tunisie ne fait pas partie des pays émergents. Dans son fonctionnement comme dans ses structures, l'économie tunisienne n'est comparable ni à l'économie chinoise ni à l'économie brésilienne ni même à celle de la Turquie. Notre place dans le circuit de la production et des échanges est une place subalterne. La Tunisie - comme d'ailleurs le reste du monde arabe - est située dans la zone inférieure de l'échelle hiérarchique mondiale : juste au-dessus de l'Afrique Noire, mais loin derrière l'Asie du Sud et de l'Est ou l'Amérique Latine.

Nos principales activités marchandes portent sur des secteurs technologiquement peu évolués : l'exportation de matières premières et de produits semi-finis (les phosphates et quelques dérivés), la sous-traitance (textiles, mécanique, électronique, centres d'appel) et le tourisme (dans sa version de masse bas de gamme). Ce type de spécialisation, renforcé par les accords de libre-échange signés avec la Communauté européenne - imaginez un combat de boxe opposant un poids plume et un super-lourd et vous comprendrez ce que signifient réellement ces accords de

libre-échange -, livre le pays pieds et poings liés à l'exploitation étrangère, en aggravant en même temps sa dépendance et la désarticulation de son économie.

La situation décrite ici n'est pas nouvelle. Elle remonte aux choix de politique économique arrêtés par le gouvernement Nouira dès le début des années 1970, après l'échec de l'expérience de développement planifié conduite par l'équipe Ben Salah. Il est cependant incontestable que les choses sont allées en se dégradant avec Ben Ali, dont les différents gouvernements ont exécuté avec zèle les directives successives du FMI et de la BIRD : dévaluation rampante du dinar, suppression des protections douanières, démantèlement du secteur public, libération des transferts de capitaux, dénationalisation de la banque et de l'assurance...

Les résultats néfastes de cet alignement inconditionnel sur l'Occident sont aujourd'hui partout visibles. Limitons-nous aux aspects les plus graves :

1) Notre agriculture a été saccagée, notamment en ce qui concerne la production céréalière. En 2010, nous avons consommé environ 30 millions de quintaux de blé et d'orge ; sur ce total, 20 millions de quintaux provenaient de l'importation. L'antique grenier ne parvient plus à nourrir son propre peuple.

2) Nous importons près de 70% de nos besoins en biens manufacturés de consommation courante.

3) Le chômage frappe plus de 40% de la population en âge de travailler, hommes et femmes, sans épargner la jeunesse éduquée.

4) Les niveaux de salaires sont anormalement faibles et ne permettent pas de répondre aux dépenses de base des ménages. Dans les grandes villes, le poste logement absorbe, en moyenne, la moitié du budget familial total.

5) Conséquence directe de ce qui précède : le pouvoir d'achat global généré par l'activité économique est trop réduit, étriqué, insuffisant, incapable en tout cas d'entraîner la cristallisation d'un tissu industriel intégré, orienté vers la satisfaction des besoins élémentaires de la population et pouvant se développer à partir d'une demande intérieure solvable et croissante.

En fin de compte, cette économie de dépendance aboutit à une distorsion véritablement démentielle : le système permet à l'étranger (principalement l'Europe) d'accumuler de juteux profits, tout en bloquant le développement de notre potentiel national. Ce blocage génère, à son tour, un déficit structurel permanent de la balance commerciale et de la balance des paiements. Nos exportations sont continuellement inférieures à nos importations, l'écart se situant entre 20 et 30% en valeur moyenne annuelle. Pour combler le déficit des échanges, le pays emprunte et s'endette. Et le paiement de la dette (et des intérêts de la dette) participe à creuser davantage le volume du pillage et le poids de la dépendance. L'engrenage fonctionne en circuit fermé ; il est, pour ainsi dire, autoentretenu.

Les spécificités du régime politique

C'est lorsque l'on garde en tête ces spécificités du système économique tunisien que l'on peut comprendre la nature réelle de notre régime politique. On peut définir sa nature parce que l'on peut saisir concrètement sa fonction dans la gestion de la relation de dépendance. Le régime est en place pour remplir une tâche précise : maintenir le pays dans la subordination au capitalisme étranger, faire en sorte que les mécanismes du pillage continuent d'agir et de se reproduire.

En ce sens, la Tunisie, à l'image des autres pays arabes, n'est rien d'autre qu'une chasse-gardée, un territoire annexé, sous tutelle, quelque chose comme une friche, une réserve naturelle, dont les ressources primaires - le sol, le sous-sol et la main-d'œuvre - sont préemptés par les économies du Nord et exploitées selon leurs besoins. Dans sa finalité générale, ce mode d'exploitation ressemble comme deux gouttes d'eau à l'ancienne relation coloniale. Ce qui a changé, c'est que le contrôle n'est plus direct, mais indirect. Dans le nouvel ordre mondialisé, le maintien de l'ordre, précisément, n'est plus assuré par une armée d'occupation ; sa responsabilité est dorénavant confiée à des supplétifs autochtones. La mission principale de ces auxiliaires locaux est, en effet, une mission de police : ils doivent garantir la pérennité du système et, par conséquent, maintenir la population dans l'obéissance, à n'importe quel prix et quels que soient les moyens employés.

Il existe un moyen très simple de vérifier l'exactitude de cette affirmation, c'est la composition même des forces de sécurité. Ainsi, dans les pays occidentaux, l'effectif de la sécurité intérieure (la police) est significativement inférieur à l'effectif de la sécurité extérieure (l'armée). En France, le rapport est d'un policier pour un soldat et demi, en Grande-Bretagne, il est d'un policier pour deux soldats et aux USA, d'un policier pour trois soldats. Dans les pays arabes, ces proportions sont complètement inversées. Le rapport moyen est d'un soldat pour quatre policiers : 180 000 policiers et 40 000 soldats en Tunisie, deux millions de policiers et un demi million de soldats en Egypte - malgré la présence d'un Israël surarmé aux frontières. C'est bien la preuve que les forces de sécurité ne remplissent pas le même rôle structurel ici et là. Dans un cas, elles servent à la protection de la nation et à la projection de sa puissance vers l'extérieur ; dans l'autre cas, elles protègent des régimes et projettent leur violence contre les populations nationales.

Comment maintenant définir, sur le plan sociologique, ce type de groupes dirigeants, placés à l'intersection entre les grands pays capitalistes et les peuples dépendants et dont la principale fonction institutionnelle est le maintien de l'ordre ? La réflexion académique occidentale ne propose aucun concept opératoire ; en général, elle évite d'ailleurs de trop s'intéresser à ce genre de questions. Faute de mieux, on proposera ici la notion de "caste bureaucratico-policière". L'expression est laide et purement descriptive, mais elle délimite assez bien son objet. Le terme caste indique que nous n'avons pas affaire à une classe constituée, mais à un groupe fermé ; le caractère bureaucratique signifie que ce groupe dirige l'Etat ; le caractère policier indique que la répression est l'instrument privilégié du contrôle social.

On a vu comment cette caste organisait la soumission du pays aux intérêts étrangers. Il reste à indiquer comment elle organisait - dans le même temps - la poursuite de ses propres intérêts, c'est-à-dire comment elle travaillait à son propre enrichissement en tant que caste. Les relations entre pouvoir économique et pouvoir politique sont toujours enchevêtrées. On distingue néanmoins deux grands cas de figure. Premier cas : on accède au pouvoir politique à partir de la puissance accumulée dans l'économie ; deuxième cas : on accède à la richesse matérielle à partir des positions conquises dans l'appareil d'Etat. La Tunisie - et l'ensemble du monde arabe - appartient entièrement à la dernière catégorie.

Un système prédateur

Avec le régime Ben Ali, tout commence véritablement en 1987, suite au coup de force qui chasse Bourguiba. Le noyau constitutif au départ, c'est le propre clan familial de Ben Ali, avant tout sa fratrie. Ce noyau se restructure ensuite, après les secondes noces avec Leïla, en s'élargissant au clan Trabelsi. Les premières années du règne sont marquées par de très nombreuses prévarications, mais l'essentiel se joue sur un autre front : le terrain matrimonial. Les principaux efforts du clan, durant cette période, semblent en effet dirigés vers la consolidation de sa base sociale, et cette consolidation se traduit par une politique active de mariages croisés, et parfois forcés, qui débouche sur un véritable système d'alliances familiales. Les alliances sont contractées avec certaines des plus grosses fortunes du pays. Celles qui refusent - il y en a eu quelques-unes - deviennent des cibles.

C'est lorsque cette assise est constituée que débute le pillage systématique du pays et de la population. S'appuyant sur les moyens que lui donne la puissance publique, recourant aussi aux méthodes d'intervention illégales et à la violence pure - accaparement, détournement, chantage, intimidation, racket, vol, si nécessaire meurtre -, le clan au pouvoir met en place un véritable appareil de spoliation à large échelle, qui finira par englober tous les circuits économiques du pays, y compris ceux de l'économie parallèle - le marché de la drogue, la contrebande de cigarettes et d'alcools et le commerce des armes. Le pillage ne se limitait pas aux secteurs les moins favorisés de la population, il frappait la société entière sans distinction.

A un moment ou un autre de leur histoire, tous les pays ont connu des régimes violents et prédateurs de ce style - des aventuriers qui s'emparent du pouvoir grâce à un coup de force, qui se taillent ensuite par la violence un patrimoine à leur convenance et se l'approprient. En règle générale, pourtant, le temps agit comme un calmant dans de telles situations. Une fois leur autorité établie et leur richesse assurée, les aventuriers s'assagissent, ils tempèrent leurs ardeurs prédatrices et parviennent à trouver une forme d'équilibre, un modus vivendi, qui garantisse leur sécurité et la tranquillité des habitants. Tous les régimes monarchiques procèdent de ce modèle.

Le souci, avec les régimes arabes actuels, vient de ce qu'une telle normalisation n'est simplement pas possible en ce qui les concerne[1]. Et cela, en raison même des limitations imposées par le système de dépendance dans lequel ils sont intégrés. Ce qui empêche leur stabilisation dans la durée, c'est justement le fait qu'ils n'ont pas l'exclusivité de l'extorsion. Les clans au pouvoir n'ont pas le monopole du pillage des richesses de leurs territoires ; ils doivent partager avec leurs protecteurs étrangers, qui ne leur laissent en vérité que les restes, la portion congrue. C'est cette contrainte objective qui explique pourquoi les régimes peinent autant à trouver les formules institutionnelles capables d'assurer leur pérennité. Et pourquoi le passage des années, loin de les rendre plus présentables et plus acceptables, les pousse au contraire dans une sorte de fuite en avant incontrôlable, vers toujours plus d'exactions, de brutalité, d'arbitraire et de népotisme. Ces régimes commencent dans l'illégalité, ils deviennent vite illégitimes et ils finissent dans l'abjection et l'infamie : on ne construit rien de durable sous pareil patronage.

Pour conclure ce point sur la caractérisation des régimes, on dira que l'on a affaire à des groupes dirigeants qui se comportent comme de véritables entités maffieuses, avec des parrains, des familles mères et des familles associées (en Tunisie, elles sont sept : voir les télégrammes diplomatiques révélés par Wikileaks). Au total, il s'agit d'un groupe social très minoritaire - quelques milliers de personnes -, mais s'appuyant sur un appareil policier tentaculaire (en Tunisie, la sécurité présidentielle, la police politique, les forces spéciales, le ministère de l'Intérieur et la Garde nationale), relayé par une multitude de rabatteurs, d'indics et de mouchards, agissant sous le couvert du RCD, le parti du président, qui quadrillait la presque totalité du territoire national avec ses deux millions d'adhérents déclarés. En moyenne annuelle, le clan au pouvoir et son appareil de répression engloutissaient plus du tiers du PNB.

Composition sociale du peuple révolutionnaire

Passons maintenant à l'analyse du camp révolutionnaire, c'est-à-dire à l'identification des forces sociales qui ont pris part au soulèvement ayant emporté le clan Ben Ali. Nous avons parlé d'un système économique dépendant, désarticulé, dont le développement était structurellement bloqué. Nous allons voir comment ces caractéristiques se répercutent sur le terrain sociologique et les graves déséquilibres qu'elles y introduisent.

Le peuple tunisien tout entier s'est dressé contre la dictature. Mais le peuple est composite, on peut le répartir en plusieurs sous-ensembles relativement bien différenciés. En bousculant les classifications habituelles et en allant du groupe le plus nombreux au moins nombreux, on obtient les quatre grands blocs suivants : les laissés-pour-compte, la petite bourgeoisie urbaine, la classe ouvrière et la classe moyenne.

1 - Les laissés-pour-compte. Enfermés dans les strates inférieures de la pyramide sociale, ils forment la classe innombrables des exclus et des indésirables, tout ceux que le système a abandonné sur le bord de la route : plus de 40% de la population en âge de travailler, vivant complètement en marge du marché officiel de l'emploi. Dans les pays du Nord, ceux du capitalisme central, on les désignerait du nom de sous-prolétariat. Mais le sous-prolétariat est un phénomène extrêmement minoritaire dans ces pays ; même en période de crise économique, ses effectifs ne dépassent pas les 2 ou 3% du total des actifs adultes. Chez nous, il forme une masse compacte, la catégorie numériquement la plus importante de la structure des classes. Cette densité renvoie d'ailleurs à sa diversité et à son hétérogénéité. Les laissés-pour-compte englobent pêle-mêle les paysans pauvres et sans-terre, les migrants de l'habitat périurbain, les chômeurs de longue durée et, de plus en plus, les générations successives de jeunes scolarisés et diplômés sans débouchés professionnels. En dehors de l'extrême précarité de ses conditions, ce qui unifie sociologiquement et culturellement cette multitude, c'est son caractère rural prononcé, même si elle est surtout reléguée dans les faubourgs des grandes villes ; il s'agit d'une population qui vient de quitter la campagne et dont l'identité paysanne est toujours prépondérante. Elle forme quasiment une société seconde, une société parallèle, engagée dans des activités de stricte survie, l'économie dite souterraine.

Cette classe immense est la première à s'être mis en branle en décembre 2010 - à Sidi-Bouzid, Thala, Kasserine... - et c'est elle qui a fourni le plus lourd tribut à la révolution : près de 200 martyrs et des milliers de blessés.

2 - La petite bourgeoisie urbaine : les fonctionnaires, les employés, les artisans, les petits commerçants, les couches inférieures des professions libérales, les étudiants, les petits entrepreneurs de l'économie informelle, etc. Là aussi, les effectifs sont pléthoriques - autour de 35% de la population adulte - et les conditions d'existence difficiles. Les revenus sont insuffisants, rognés en outre par une inflation galopante et l'explosion du phénomène de surendettement des ménages. Cependant, étant donné son nombre, sa concentration dans les centres urbains, le niveau d'éducation relativement élevé de ses membres et, finalement, sa position médiane dans le corps social, cette classe a occupé une place essentielle dans la révolution, notamment à travers l'organisation des manifestations et des marches et la transmission de l'information et des mots d'ordre.

3 - La classe ouvrière. Quantitativement plus réduite, culturellement moins influente, la classe ouvrière n'a rejoint la révolution que dans un deuxième temps - lorsque le soulèvement a atteint Gafsa, Gabès et Sfax[1]. Son apport fut néanmoins considérable, étant donné le retentissement des mouvements de grève sur le fonctionnement global de l'économie. (La place centrale prise par l'UGTT dans l'encadrement de la révolution ne doit pas masquer la réalité à cet égard. L'UGTT n'est pas le syndicat des ouvriers d'industrie, c'est un syndicat de salariés, où les employés et les fonctionnaires jouent un rôle déterminant.)

4 - La moyenne bourgeoisie, la classe des entrepreneurs et des couches aisées des professions libérales. Numériquement modeste, c'est la dernière catégorie à avoir rallié le mouvement révolutionnaire. Son ralliement a cependant joué un rôle décisif sur les plans politique et symbolique. Il a contribué à donner à la révolution une sorte d'universalité, cette pleine unanimité sociale qu'elle n'avait pas encore. Avec son entrée en scène, le renversement de Ben Ali devenait l'affaire de tous les Tunisiens. Ce n'était plus simplement les exclus qui s'opposaient aux inclus, ce n'était plus les pauvres contre les riches, mais le rassemblement de tous, les déshérités comme les privilégiés, contre un pouvoir minoritaire et inique, corrompu et malfaisant. Désormais, le peuple révolutionnaire se confondait avec l'ensemble de la société. Et ce peuple réuni, où plus personne ne manquait, se dressait contre un ennemi qui redevenait ce qu'il était : une tyrannie misérable, absurde, d'un autre âge, extérieure et étrangère à la société.

Récapitulons. Les différentes composantes du peuple révolutionnaire - la masse des laissés-pour-compte, la classe ouvrière, la petite et la moyenne bourgeoisie - n'ont pas vécu et ne vivent pas les mêmes privations. Toutes n'ont pas affronté le régime Ben Ali avec le même courage et la même détermination. Elles ne sont pas entrées dans le combat au même moment et n'ont pas consenti les mêmes sacrifices, ni subi les mêmes pertes et les mêmes dommages. Mais cela ne donne à aucune d'entres elles plus de droits qu'aux autres sur la révolution. Parce que l'entière entreprise aurait sombré dans un effroyable bain de sang si une seule partie avait fait défaut[2]. Il s'agit donc d'une réalisation collective et, plus gravement, d'une responsabilité commune. Une responsabilité qui engage tous les Tunisiens, et qui les engage non seulement pour le présent, mais aussi pour l'avenir.

Je veux dire par là que l'unité du peuple, qui était nécessaire pour renverser la dictature, est toujours nécessaire pour édifier le nouveau pouvoir et reconstruire l'économie nationale. La préservation de cette unité et son approfondissement sont indispensables pour espérer avancer et progresser. Encore une fois, la cohésion de notre front intérieur n'est pas une option parmi d'autres, c'est un impératif stratégique, la condition sine qua non du succès dans les batailles à venir.

Quel programme économique pour la révolution ?

Il faut que notre révolution aille jusqu'au bout de sa logique, qu'elle réalise les tâches historiques pour lesquelles elle s'est levée. Nous sommes aujourd'hui parvenus à nous accorder sur des buts politiques communs et unifiés : mettre en place des institutions démocratiques, à travers la convocation d'une assemblée constituante élue au suffrage universel. Mais avons-nous des buts économiques communs et unifiés ? Avons-nous une idée précise des mesures à prendre pour transformer le modèle économique actuel et apporter un nouvel horizon aux acteurs sociaux ?

Prenons la question par un autre bout. Examinez le discours du gouvernement provisoire. Que dit-il en matière de politique économique ? En dehors des formules convenues sur la nécessité de la transparence, vous ne trouverez rien d'inhabituel. Les anciennes orientations sont maintenues telles quelles. Les priorités sectorielles en faveur du tourisme et de la sous-traitance, l'ouverture incontrôlée du pays aux marchandises et aux capitaux extérieurs, les opérations de privatisation et de dénationalisation - aucun de ces choix calamiteux n'est remis en cause. Davantage : le gouvernement provisoire et les technocrates qui le conseillent voudraient les radicaliser et les rendre irréversibles, en accélérant la signature d'un nouvel accord d'association avec l'Union européenne. Les politiques qui ont ligoté le développement du pays et creusé les inégalités sociales jusqu'à la fracture, ces politiques qui ont provoqué le soulèvement populaire et la chute de Ben Ali, ils voudraient les garder, mais sans Ben Ali et, assurent-ils, sans la corruption. Comme si la corruption n'était pas la fille naturelle du libéralisme et de la dépendance !

Comment changer de cap ? Comment construire une alternative économique volontaire, en même temps cohérente et rattachée aux réalités ? La première chose à faire consiste à donner un grand coup de pied dans la pensée unique du capitalisme actuel - cette idéologie frauduleuse du "laisser faire laisser aller", fabriquée dans les officines des institutions financières internationales, qui est ensuite inoculée aux élites du Sud depuis l'école primaire jusqu'à l'université. Cet intégrisme mondialisé, qui se présente comme une sorte d'horizon indépassable pour notre temps, est une gigantesque arnaque, qui ne tient que par le crédit que les imbéciles lui accordent. Les pays dominés ne peuvent pas s'affranchir matériellement des pays dominants s'ils leur restent intellectuellement dépendants.

La seconde chose à faire est de rappeler une vérité élémentaire, aujourd'hui semble-t-il oubliée - ou ignorée - par beaucoup de responsables politiques dans le pays, et pas seulement dans la mouvance du gouvernement provisoire : l'économie n'est pas une science neutre, dont les préceptes s'appliqueraient uniformément partout et en toutes circonstances. L'économie, c'est d'abord l'art de gérer des intérêts contradictoires. C'est donc une affaire éminemment politique. Une affaire de choix politiques. En ce qui concerne le pays, nous serions bien avisés de les arrêter nous-mêmes et de ne pas nous en remettre - comme sous Ben Ali et sous Bourguiba - aux conseils "désintéressés" de nos amis occidentaux.

On a vu que la révolution avait été l'œuvre commune des forces sociales constitutives de notre peuple : la masse rurale, la classe ouvrière, la petite et la moyenne bourgeoisie. Le programme économique alternatif doit être défini en fonction de leurs besoins, de leurs attentes et de leurs aspirations. Ni plus ni moins.

Il faut ouvrir, devant ces différentes forces, des perspectives de promotion crédibles. En sachant que leurs intérêts particuliers ne sont pas spontanément convergents. Et qu'il faudra, par conséquent, procéder à des compromis et à des arbitrages, sous la responsabilité de l'Etat.

Nous sommes en train de passer de la dictature à la démocratie, c'est-à-dire à l'affirmation de la souveraineté populaire. Dans l'économie, nous faisons face à un défi similaire : passer de la dépendance à la maîtrise de notre développement, c'est-à-dire là aussi à la pleine souveraineté. Le processus sera long et difficile, mais c'est un objectif national majeur. Il exige la mobilisation de tout le corps social, une mobilisation qui prenne en compte aussi bien les intérêts particuliers que les intérêts d'ensemble, qui cherche à les concilier et à les harmoniser, mais qui ne place pas les premiers au-dessus des seconds. Ni la ville avant les campagnes, ni l'inverse ; ni les travailleurs avant les chefs d'entreprise, ni le contraire.

Les finalités d'un tel projet sont claires. Il faut sortir de la spirale du sous-développement, de la dépendance et de l'endettement extérieur. Il faut développer notre potentiel productif et technologique national. Donner du travail à tous les exclus et notamment à la jeunesse. Donner des perspectives d'investissements et de profits à nos entrepreneurs. Stimuler la demande intérieure en améliorant les conditions de travail et de rémunération des salariés et en résorbant les disparités régionales. Combler les déséquilibres de l'appareil économique en rétablissant l'autosuffisance alimentaire et la couverture de nos besoins en biens manufacturés de masse.

Ces buts généraux doivent être adoptés par tous, de la manière la plus explicite. Ils devront faire l'objet d'un vaste consensus et être intégrés dans une sorte de pacte national pour le développement. Ils formeront ainsi une base commune qui permettra au pays de se projeter tout entier vers l'avenir, tout en cimentant l'unité de ses différentes composantes.

Cinq mesures centrales

La réalisation d'un tel programme économique passe par des décisions politiques précises. Je citerai ici les mesures qui me semblent parmi les plus importantes à prendre :

1 - La réforme agraire. Nous disposons d'un peu plus d'un million d'hectares de terres domaniales, reliquat des terres dérobées à la paysannerie par la colonisation française. Ces terres, dont la mise en valeur actuelle est désastreuses, doivent être redistribuées à leurs ayant-droits légitimes, les paysans pauvres. Cette mesure ne réparerait pas seulement une injustice, c'est la seule façon de faire repartir la production vivrière, tout en apportant une première solution pratique au problème du chômage de masse et à la détresse du monde rural. Près de 200.000 familles - le dixième des ménages tunisiens - peuvent être concernées par une décision de ce genre, toujours reportée à plus tard depuis 1956.

2 - Les grands travaux. Dans le cadre des politiques de résorption du chômage et de réduction des disparités régionales, il faut également lancer un programme ambitieux de grands travaux - routes, chemins de fer, aménagements hydrauliques, reforestation, etc. L'efficacité économique globale du pays en sortirait multipliée. Sans pour autant alourdir la dette extérieure : les principaux chantiers peuvent être parfaitement financés par un grand emprunt national.

3 - La protection ciblée du marché intérieur. Deux secteurs présentent aujourd'hui un intérêt majeur : la production agricole et les biens industriels de consommation courante. Le premier, parce que l'autosuffisance alimentaire est la condition de toute indépendance ; le second parce que lui seul permet l'acquisition et l'accumulation des savoir-faire de base. Les deux sont la matrice du développement ultérieur de nos capacités économiques et techniques.

4 - L'intégration de la sous-traitance. Les activités de sous-traitance industrielle restent marquées par leur aspect parcellaire et fragmenté, c'est-à-dire par leur faible degré d'intégration horizontale et verticale. Il faut inscrire ce secteur dans un programme de développement inspiré des méthodes asiatiques dites de remontée des filières. Contrairement à ce qu'affirme la propagande libérale, les pays émergents n'ont pas émergé en laissant jouer les "lois du marché", mais en s'appuyant sur l'Etat et sur ses capacités de prévision, de planification et d'investissement. C'est ce qui nous amène au dernier point :

5 - La reconstruction de la capacité d'intervention des pouvoirs publics. Il faut redonner à l'Etat tunisien un rôle central dans la stratégie du développement. Ce rôle a été systématiquement détruit par Ben Ali, ce qui a fait de l'économie du pays une sorte de fétu de paille fluctuant au gré des aléas de la conjoncture extérieure. Il faut en finir avec une telle démission des pouvoirs publics. La première mesure à prendre dans cette optique est de rétablir un minimum de contrôle du système bancaire et des flux financiers.

Evitons tout malentendu. Il ne s'agit pas de revenir aux anciennes formules étatistes des années soixante, ni de couper les ponts avec le monde extérieur. Il s'agit simplement de donner à l'Etat tunisien un rôle - celui de garant de l'indépendance et du développement - qu'il n'aurait jamais dû quitter. Et il s'agit aussi de faire évoluer progressivement le rapport de force avec les partenaires économiques européens de façon à parvenir à une position plus convenable dans le système de la division internationale du travail. Il n'est pas question de sortir de ce système - il n'y en a pas d'autre -, mais de ne pas accepter d'être relégué parmi les derniers de la classe.

Autour de nous, le monde a aussi changé

L'opération n'est pas facile, elle est cependant à notre portée. La puissance des pays du Nord n'est plus ce qu'elle était. Leur hégémonie se lézarde sous nos yeux depuis de nombreuses années. Sous l'effet de leurs contradictions internes, d'abord - la financiarisation de leur économie a dévasté leur appareil productif et mis à mal leur tissu social. Du fait des coups de boutoir qu'ils reçoivent des pays émergents, ensuite, et notamment des plus grands d'entre eux : Chine, Inde, Brésil, Russie, Mexique. Une brèche s'est ouverte dans le système mondial, où plusieurs pays se sont engouffrés, et où nous pouvons nous glisser à notre tour. Il y a là des conditions historiques objectives qui donnent tout leur sens à nos propositions alternatives. Des ambitions qui paraissaient hier définitivement hors de portée redeviennent désormais accessibles.

Evidemment, il se pose ici un problème de masse critique. Pour peser sur un rapport de force, encore faut-il peser quelque chose. En termes de poids relatif, la Tunisie seule, avec son territoire exigüe et ses dix millions d'habitants, ne pèse pas bien lourd. C'est la raison pour laquelle il est indispensable que nous coalisions nos moyens avec ceux des autres pays dépendants, et d'abord avec les peuples arabes. Il y a à peine quelques mois, une telle perspective aurait semblé utopique. Ce n'est plus le cas. L'immense vague qui nous a soulevés est en train de les soulever l'un après l'autre à leur tour. Dans un délai très court - deux ou trois ans -, de vastes champs de coopération vont s'offrir , qu'il convient de commencer à favoriser dès aujourd'hui. Isolé, aucun pays arabe ne fait le poids ; ensemble, c'est une autre affaire.

La stratégie économique alternative vise un seul objectif : faire respecter notre souveraineté, établir notre droit à être les maîtres de notre destin, refuser de voir le pays réduit à une sorte de dépendance, où tout le monde se sert sauf les véritables propriétaires. Un tel objectif ne sera pas atteint par un simple claquement de doigts. Les choses ne vont pas s'améliorer radicalement pour tout le monde du jour au lendemain. Les anciennes structures ne vont pas être abolies par magie et laisser la place aux nouvelles. Tout cela exigera du temps et beaucoup d'efforts. Mais un chemin s'est ouvert, que nous pouvons, que nous devons emprunter.

Les différents gouvernements provisoires qui se sont succédé depuis le 14 Janvier ont-ils abordé des thématiques de ce genre ? Non. Et c'est parfaitement compréhensible : leur rôle n'est pas de faciliter la naissance du nouveau, mais de préserver l'existence de l'ancien, en faisant des concessions de pure forme. On l'a vu sur les sujets directement politiques comme l'assemblée constituante ; tout ce qui a été obtenu a été arraché par la pression. Pour l'alternative économique, il faudra procéder de la même manière : la mettre au cœur du débat public et lutter pour qu'elle devienne une cause centrale dans la mobilisation populaire.

Il faut aussi apprendre à identifier les vrais problèmes. Et apprendre à nous battre sur des terrains choisis par nous-mêmes et non pas sur ceux-là où l'ennemi voudrait nous entraîner pour nous voir nous affronter les uns les autres à son seul profit. Les enjeux économiques et sociaux sont essentiels pour l'avenir de notre peuple. Ces enjeux doivent être clairs lors des élections de juillet prochain. Si ce n'est pas le cas, ce sont les anciennes formules qui l'emporteront. Ce ne serait pas seulement un échec pour le développement, ce serait aussi un échec pour la démocratie. Parce qu'il n'y a pas de démocratie qui se maintienne et prospère dans la pauvreté et la soumission à l'étranger.

[1] - L'insurrection du bassin minier en 2008 a néanmoins joué un rôle préparatoire incontestable.

[2] - C'est la conjonction de deux processus contradictoires - l'unité de "ceux d'en bas" ; l'isolement de "ceux d'en haut" - qui explique la victoire de la révolution en Tunisie (et en Egypte) et son coût relativement faible en pertes humaines. Et c'est sans doute parce qu'une telle conjonction n'est pas encore pleinement accomplie que les choses se passent de manière aussi douloureuses aujourd'hui en Libye, en Syrie, au Yémen et ailleurs.

[1] - Le système des présidences héréditaires que certains pays ont tenté d'établir est révélateur de leurs difficultés à cet égard : les Assad, en Syrie, les Moubarak, en Egypte, les Gueddafi, en Libye, les Saleh, au Yémen, etc.