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lundi 8 mai 2017

Quand le corps décide de prendre la parole



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Il n’y a pas de doute, en fin de compte, que le mézoued de la deuxième moitié du XXème siècle, va opérer une démarcation nette et sans appel de son origine et de son contenu soufis, pour ne garder que la marginalité qui a caractérisé ses adeptes d’une part et revendiquer sa propre langue, d’autre part. Une langue née du contexte socio-économique des périphéries des grandes villes et non pas seulement de la capitale. Le mézoued va réaliser ce que la langue de bois de la politique et de la culture dominante (y compris l’école) n’ont jamais pu réaliser: L’homogénéisation de la langue de la jeunesse par le biais d’une chanson rebelle et insoumise -socialement correcte cela s’entend-. Le mézoued va chanter l’amour, le mal être, le vin, la misère sexuelle, l’exil, la prison en un mot la vie autrement.
Face à un système qui a érigé l’asphyxie de la liberté d’expression en un mode de vie, le mézoued, sans grandes prétentions politiques, va toucher la jeunesse la où ça fait mal: Le vécu. Chanter est devenu synonyme de s’exprimer. Le corps ainsi va esquisser sa prise de parole par cordes vocale interposées.
Danser – consciemment - pour des «mâles» a toujours été tabou ou presque.
La danse, avec la colonisation, l’apparition du cinématographe, les films égyptiens chantants, l’ouverture des salles de spectacles et cafés chantants avec des danseuses«bédouines», les San’aats dans les soirées de mariages, tout cela faisait de la danse un acte socialement tabou pour les femmes! Que dire alors des hommes! Les danses dans notre société traditionnelle étaient codifiées selon les régions, si les danses soufies (Chathat ou Takhmira) étaient admises du fait de leurs aspects non profane, thérapeutique et l’inconscience de leurs sujets, les danses profanes étaient des rituels où les danseurs(les corps) ne se mélangeaient jamais. Les danseuses (corps) ne se donnaient pas en spectacle à l’exception du Nakh des régions de Nefzaouas Ouerghemmas : Où c’est la chevelure qui se substitue au corps, sinon les femmes mélangent leurs corps entre elles. Par contre les hommes paradent dans leurs danses spécifiques (Zgara, Miz, Hammedi et autres Gougou) assistant leurs corps de «béquilles» cannes bâtons ou fusils etc… Le corps enveloppé dans les houlis et autres vêtements amples arrive difficilement à parler, il balbutie, il n’est pas exposé il est suggéré. Il raconte une histoire connue et non vécue, les mouvements du corps des uns et des autres, ont du mal a les distinguer d’entre eux.
Longtemps la danse – et avec un degré moindre la musique, la chanson et le théâtre- comme une activité de gens aux moeurs légères et non fréquentables, n’était pas revendiquée comme un besoin individuel comme le sport et la gymnastique car l’image que renvoyaient les spectacles de variétés ou les films égyptiens renforçait dans la société cette opinion négative. Les spectacles bon marché des cafés chantants pendant le mois de ramadhan n’amélioraient guère cette appréciation sévère à en juger par les sobriquets donnés à certaines danseuses: Zohra lambouba ou Aicha Chok el ‘Osbane.
Danse, travestissements et jeux de rôles
Face à l’interdiction du mélange des genres dans la danse, la société traditionnelle s’est crée des parades assez originelles empruntant au jeu de rôles ses fondements et techniques, ces parades ne se limitaient pas à la danse mais s’étendaient à divers jeux de divertissements populaires. La parade consistait principalement à établir une convention entre les participants : D’une part les « acteurs/actrices » et d’autre part les « spectateurs/spectatrices » dans chacun des deux groupes (hommes et femmes). Dans chaque ensemble ou groupe social d’un village ou d’un quartier ou d’un groupe de familles, se distinguent une ou plusieurs personnes pour leur habileté au jeux ou au chant ou à la « comédie » ou à la danse etc… Ses personnes finissent par devenir les « acteurs » attitrés pour tel ou tel rôle, certaines vieilles jouaient les rôles des tasrafiltes sorte d’épouvantails vivant qui terrorisaient les gamins les jours de l’aids, d’autres vieillards jouaient le rôle des dromadaires etc…
Pendant les mariages certains jeunes gens ou jeunes filles se travestissaient dans le sexe opposé au leur, les filles se dessinaient des moustaches et s’habillaient en garçons alors que les garçons se grimaient en dames avec des maquillages traditionnels (Dabgha Harkous Khol et diverses poudres et rouge à lèvres) Comme au théâtre populaire italien les personnages ont les traits « grossiers » et les costumes proches du burlesque l’objectif étant de créer une atmosphère de joie de rire et de bonne humeur. Toutefois ceci n’exclut pas des sous entendus non dits ou secrets de polichinelles, comme les tendances homosexuelles de certains danseurs/danseuses que la communauté admettait avec beaucoup de tolérance et de bonne humeur. Ces manifestation largement répandues dans les régions de l’intérieurs et des grandes villes ont persisté jusqu’aux années 60 Tunis et ailleurs. Par ailleurs, dans certains milieux et quartiers, il n’est pas exclu de rencontrer des phénomènes « carioca » parmi les homosexuels des villes ou des bas fonds des quartiers mal famés, ces « cariocas » donnaient des spectacles de danses dans les cafés et tavernes.
Après l’indépendance et malgré l’arrivée des danseuses prestigieuses Aicha et Mamia les compagnes de scènes de Smail Hattab ou les sœurs Zina et Aziza les partenaires de Hamadi Laghbabi, l’image de la danse demeurait difficilement acceptable aux yeux des tunisiens moyens, c’est seulement grâce aux clubs de la jeunesse scolaires dans les lycées ainsi que les clubs des auberges de la jeunesse que va s’amorcer l’intérêt ensuite un engouement relatif d’une partie de la jeunesse pour la danse aussi bien traditionnelle ou orientale, que classique et occidentale.
La danse des hommes entre hommes dans le rituel du mézoued de la première moitié du XXème était une danse de marginaux une sorte de prolongement d’un paraître fallacieux et qui ne convainc guère. La danse de la génération née avec l’indépendance est la prise de parole du corps dans un espace social où la liberté de parole est interdite. Le corps ne fait plus honte, il est une affirmation d’être et d’un vécu à la fois douloureux par les frustrations subies, et jubilatoire dans le partage avec ses congénères.

dimanche 23 mars 2014

Rêveries caprines jerbiennes.TEDx Djerba







Aéroport Jerba Mellita le 23 Mars 2013
Mon avion devait décoller à 7h 45mn, J'ai eu du mal à m'arracher du lit, la nuit dernière fût assez mouvementée: discussion animée autour d'une table bien garnie de plats originaux et arrosée d'un nectar digne de nos hôtes….
J'ai pris place près du hublot  de l'ATR 72 et me suis perdu dans les vieux souvenirs du chantier de la tour de contrôle un certain printemps de 1993, et puis ce fut le trou noir….  
Aéroport Jerba Mellita 23 Mars 2026.
La vieille vigie construite en 1993 devenue musée local de l’aviation et des aéroports, a cédé la place à une superbe tour de contrôle à deux étages rassemblant les activités intenses de l’aéroport insulaire et une partie non négligeable de l’espace aérien de Tripoli, Sfax et La valette, désormais proche banlieue de l’ile Ulyssienne et soupape de décharge des périodes de surbooking d'un tourisme de genre nouveau que vit l’ile quasiment toute l’année.
Le conseil régional de gestion et de développement insulaire au grand complet se présente face à la tribune d’accueil, le jet Falcon XLS mis à la disposition de la Présidente de la République pour ses déplacements à l’intérieur du pays vient de se poser sur le tarmac de l'aéroport, depuis son accession à la charge suprême en 2021, la présidente a restitué le vieil Airbus à Tunis Air, ses déplacements sont assuré par  la contribution des hommes d'affaires et autres capitaines d'industries.
L'arrivée d'une femme à la charge suprême est tout une histoire je vous en parlerais un de ces jours dans une autre rêverie…
Une fois les honneurs rendus, le cortège présidentiel se dirigea  vers le siège du conseil régional un des anciens hôtels de la fin du siècle dernier et désaffecté pour les besoins.
Accompagnée dans sa visite des ministres de l'agriculture, de l'industrie et de la culture, La présidente se devait de  constater de visu  du bon choix et fonctionnement du système de démocratie décentralisée et participative  dont l'ile a été choisie comme région pilote expérimentale  pour diverses raisons, mais surtout pour son "vivre ensemble"  millénaire. Un vivre elsemble qui a su résister  aux affres des épreuves et des siècles malgré les diversités religieuses, et ethniques.
Les ministres quant à eux vont être confrontés  à la capacité des gens de pouvoir être  créatifs sans le carcan de l'administration. la présidente de son côté met tout son poids dans cette confrontation qu'elle n'a pu gagner lors de son élection et qu'elle a dû  se soumettre à un essai expérimental dans une région qu'elle a tenu qu'elle soit Jerba.


Sans trop tarder, et après exposé du programme de la journée, le cortège se dirige vers les nouveaux périmètres irrigués dans la région nord est de l'île  où il a été procédé au déracinement de plusieurs hectares d'eucalyptus – que des chercheurs ont démontré leur  action néfaste sur la nappe phréatique- ,  pour implanter un champs de capteurs photovoltaïques 'alimentant  une centrale d'adoucissement d'eau de mer qui a servi a irriguer les plantations de cette région selon les impératifs fixés par le groupe de recensement et reconstitution du patrimoine arboricole et botanique de l’île.
Ainsi  l'ensemble des variétés de palmiers dattiers ont pu être  recensés et reproduits selon  des plantations tenant comptes de leurs terroirs d'origine.
Par ailleurs et sous la pressions d'une farouche résistance de jeunes ingénieurs de l'INRAT, l’île  et son oliveraie millénaire ont été préservés des plants d'oliviers d'origine espagnole  soupçonnés d'être des OGM. Une grande campagne de rajeunissement de la forêt ainsi qu'un assainissement des titres fonciers en instance d'épurement d'héritages accompagné  d'une interdiction formelle d'arrachage et de constructibilité.
Un coup de chance allait sourire à l'équipe qui travaillait sur le recensement des espèces arboricoles.  Lors de la réhabilitation d'un Menzel, les maçons ont découvert un véritable trésor génétique qui consistait en une amphore contenant une dizaine de  bourses en tissus remplies de cendres protégeant des semis et des graines de fruits et légumes notamment celles du célèbre pommier de Jerba! Après analyse et multiplications et reproduction ces espèces ont pu être ressuscitées et ont provoqué un regain d'engouement pour le pommier  dont les surfaces de plantation se  sont décuplées au bout de deux ans.
Le programme  des visites agricoles se poursuit dans un projet intégré de transformations des fruits et légumes, réparti en trois unités semi industrielles la première de séchage de figues ,d'abricots, et de tomate, la deuxième pour la fabrication du fameux "Rob" le jus de dattes  et enfin le troisième basé sur les techniques ancestrales de la communauté juive pour la fabrication d'eau de vie de figue et de dattes. Une unité connexe a été développée  pour la récupération des noyaux et autre rejets comme matière première d'aliment de caprins issus d'un croisement d'une race locale avec la race maltaise connue pour sa lactation abondante.
L'heure du déjeuner approchant le service du protocole du conseil régional s'est empressé d'informer le protocole présidentiel afin de rester dans les temps du programme.
Le déjeuner est offert par dames de Jerba à la présidente et ses accompagnateurs mais il est concocté par le maître des fourneaux à la réputation mondiale , j'ai cité Zouhayr  ben Jemâa.
A la fin du repas la délégation se dirige vers l'un des fondouks réaménagé siège des centres institutionnel d'appui aux entreprises.

A l'instar de l'inventaire des ressources halieutiques et agricoles une task force groupant des ingénieurs chercheurs du Cetime, le Cetex et de l'institut du patrimoine s'est attelé à préserver in-extremis l'ensemble des ouvrages tissés toutes fibres confondues.
Ainsi une équipe de concepteurs programmateurs mécanicien  et spécialiste en tissage se sont "accroupis" entre les mains du grand maître du tissage Jerbien Mohamed Tounsi afin de recueillir son savoir faire mais surtout son savoir car un savoir faire sans savoir  c'est comme un orphelin sans tuteur ni percepteur.
Une des tâches qu'on leur a assigné c'est de sauver toutes  les techniques liées au tissage du Hrem Beskri cher à toute jeune mariée jerbienne. Longtemps les maîtres tisserands –dans un soucis de préserver les secrets de leur  métiers et tour de mains- , évitaient de consigner par écrit les repères de fabrication du Beskri, le nombre de fils de trame et des nappes de tissage, Nous avons eu à constater  de visu au début des années 2000,  plusieurs carnets et folios de fabrication du beskri, que maitre Mohamed Tounsi  a annoté par un système numérique et qu'il gardait jalousement .
D'autres équipes ont été désigné pour les tissages  de soie de moindre complexité   comme le Berbouchi, les Hssayri le Mour etc… ou bien les plus simples tel les Rekbi, alors que d'autres  se sont chargé des tissage de melia en fil de coton et enfin d'autres se sont occupé du tissé en laine et de leur coupe et façonnage en "Cadroun".
Outre la Numérisation  des produits de leur décors ainsi que des teintes officielles de leur fils et motifs, des fiches de fabrication on été figées définitivement en fonction des métiers à tisser traditionnel aux  métiers Jacquards mécanisés, des programmateurs travaillent en vue d'une adaptation aux métiers circulaires.
L'expérience Jerbienne à rapidement fait des émules un peu partout parmi les artisans du sahel Sfax Tunis et ailleurs, ne s'arrêtant pas au tissés de valeur mais englobant les melias de Ksar Helal et d'autres villes du Sahel.
La mécanisation et la compression des coûts de fabrication ont contribué à mettre des produits de grande valeur et qualité à la portée des bourses moyennes, un véritable retour aux valeurs  des habits et costumes traditionnels.
Avant de quitter le fondouk l'un des derniers maîtres tisserands  a fait présent d'un Beskri, d'un Barbouchi et d'un Rekbi à la présidente.

De Houmt Souk  la délégation  se dirige vers "Le rocher des esclaves" Hajrte el âabid un rocher qui avance en mer à la manière d'un quai naturel. Autour de Hajret el abid se sont construite un tas d'histoires participant  à nourrir le mythe de l'esclavage. La présidente a fait de la question de l'asservissement des êtres humains une bataille sur laquelle il n'y avait rien à concéder et rien à négocier. C'est ainsi qu'elle a pris à son compte l'engagement de l'état tunisien de reconnaître la responsabilité  morale et matérielle des états précédant l'indépendance  dans la traite négrière ainsi que du déplacement de milliers de personnes de leurs foyers vers des contrées hostiles les assujettissant génération après génération. C'est en total accord avec la proposition de la présidente, le conseil régional a décidé d'ériger un mémorial  du "Pardon" en surélévation du site de Hajret El Abid, mémorial qui déclare solennellement au nom des états tunisiens successifs demander pardon aux descendants de tous les esclaves depuis des siècles et aussi au nom des tunisiens qui,  par leur participation à la traite négrière ou par les sentiments blessants qu'ils auraient nourris  à l'encontre des descendants d'esclaves et de la communauté noire.
Commandé depuis plus d'une année le mémorial est constitué d'une œuvre sculpturale en bronze représentant une file d'esclaves, hommes, femmes, enfants et adolescents  enchaînés  menés par un négrier muni d'un fouet.
C'est dans une atmosphère solennelle et chargé d'émotion que la présidente a tiré le cordon libérant  l'imposante sculpture en présence de toutes les communautés ethniques et des différentes confessions ainsi que de leurs chefs spirituels.
Les discours brefs et sans artifices  ont été prononcés sous le soleil couchant une "magic hour" qui a amplifié l'émotion et la gravité de l'instant.
Dans son discours, et afin de ne pas oublier  la présidente  a annoncé le 23 janvier,  anniversaire de l'abolition de l'esclavage en Tunisie,  jour national du pardon.

Après le dîner  et en clôture festive de la journée, L'ensemble de la délégation est conviée par l'infatigable Houcine Tobji au théâtre de plein air attenant au musée de Guellala pour assister au spectacle des tambours du Burundi  dans le cadre du festival international des arts africains, amazigh et arabes, le FI4A, dans sa 3ème session est déjà l’événement touristique et culturel international incontournable , il attire par sa riche programmation des milliers de touristes et de nationaux.
Profitant de l'entracte et de la compagnie d'un membre du conseil régional, je lui au posé la question:
-         Qu'en est-il des questions de l'aménagement urbain et de la préservation du cachet architectural de l'ile?
-         ……….
Le train d'atterrissage de l'ATR 72 vient de toucher un peu durement la piste de Tunis Carthage, secoué, je ressortis de ma profonde torpeur la tête ballottée entre  ce qui est resté de mes douces rêveries et la dure réalité…
Ils avaient bien raison les anciens de l'appeler l'île des Lotophages, mon dîner d'hier devait être contenir du motus….
Ce ne fût que des rêverie caprines " منامة عتارس" comme on dit dans notre cher dialectal….
    

mardi 15 mars 2011

علاقة النخب بالتراث: نفور أم عجز



لا تقف علاقة نفور النخب و رفضها عند حدود التعابير الغنائية و الشعرية للتراث الشعبي، بل تتجاوزه للعديد من أوجه الحياة اليومية و الصنائع و العمارة و التقنيات. و لا أدل على ذلك التعبير الشائع و المتداول لدى الخاصة و العامة كقولهم مترجمين النعت الفرنسي المقلل من قيمة أي عمل يقوم به عربي: محراث عربي أو طريق عربي و بلاد عربي أو كوبة عربي – لاحظوا أن عربي تبقى دائما في صيغة المذكر- و لم يتحول العربي إلى محل استحسان إلا في بعض السلع و المنتوجات المرتبطة بالمأكل كالبيض و الدجاج و الخروف و السفرجل أو الأزهار كالورد وغيرها. و لم يسلم من هذا التمييز العنصري تقريبا إلا الأسماك بالرغم من ظاهرة تربيتها في أحواض بنظم مستوردة. و لئن عاد تعلق الكثير لكل ما هو محلي كمصوغ الفضة التقليدي أو الخزف المعروف بعفسة صيد أو المنسوجات الصوفية أو العديد من الأثاث القديم الذي تمتلئ بها المحلات المختصة، فذلك لا يعود لوعي بالذات و اعتزاز بها، بقدر ما هو أساسا من باب المحاكاة لعلاقة الغربيين مع أشياء لها وظيفة نفعية معينة يحولونها لعناصر ديكور. أشياء كثيرة اندثرت من ذاكرتنا بقي البعض منها في شكل تحف تزين الصالونات و لربما مر بجانبها بعض الشباب دون أن يدرك استعمالها الأصلي. في تتال صامت يكاد لا ينتبه له أحد، تنقرض حرف و صنائع تجمعت بين تفاصيل تقنياتها معارف كدستها أصابع و أنامل و مهارات أجيال من الحرفيين، حرف أغرقتها سلع و منتجات الصناعات الكثيفة لا تحس فيها أثرا ليد البشر. حرف حملت معها المعارف المتصلة بها فانقطعت سلسلة التواتر المعرفي الذي تحكمت في دوامها طوال قرون فلا تكاد تجد من يحدثك عنها حديث العارف بخباياها و أسرارها. هكذا تندثر صروح من مكونات الذات و من ذاكرتها تحت وطأة الاستعمار الاقتصادي، من جهة، و بسبب تفريط أهلنا الذين يغريهم بريق سلع الحداثة الزائفة، حتى غزانا البلاستيك أوعية و شكائر و أحذية و سجادا و فراشا و أواني أكل ، و لم يعد ممكنا الاستمتاع بشربة لبن في شكوة من جلد الماعز. ربما يبدو في هذا حنين في غير محله أو مما تجاوزه الزمن، و يقال لنا ذاك هو منطق التاريخ و التقدم التكنولوجي، و في الأخير البقاء للأفضل إلى أن نصل إلى لغة الكف ما تعاند الإشفا، و حتمية الاستعمار، و بالتالي فإن قدر البلدان الخارجة عن المنظومة الرأسمالية الليبرالية، هو الفناء و فقدان خصائصها و الذوبان في النمط الثقافي و الإنتاجي المعولم. إن فقدان الذاكرة هو بداية فقدان المناعة الاجتماعية و التدرج شيئا فشيئا في نوع من الخرف الذي بجعل الناس غير قادرين على استعادة الدفاعات التلقائية.
أينما جال بصرك أو سرح خيالك أو ذاكرتك بين منعرجات الأسواق، و استرجعت أصوات المطارق و الأزاميل و القوادم و المقصات تطوع المعدن أو الخشب أو الحجارة . أينما حملتك الطرق في البراري، إلا و استرعى انتباهك عدد الأدوات التي تشاركت في تحويل وجه الأرض حتى تنبت و تزهر و تثمر.
يقول المثل : « الفرس أجمل فتوحات الإنسان » إذ بها جاب الأرض و غزاها، لعل صناعة القوارب و السفن فتح لا يقل جمالا و أهمية عن الفرس. لقد كان لأهلنا من سكان السواحل فنون و تقنيات أهلتهم لبناء سفن شقت البحار و ربطت المواني ببعضها محملة بالبضائع و الركاب. و لبناء هذه السفن و القوارب التي تستدعي طاقة الرياح لتدفع الأشرعة، تتكاتف عديد الفنون و الخبرات بداية من اختيار الخشب مرورا بالتحكم في الهندسة الثلاثية الأبعاد و المعرفة بالأشكال الملائمة لاختراق الموج و مصارعة الرياح و اكتساب التوازن على سطح الماء و مقاومة الانقلاب و الشحط… على طول امتداد السواحل التونسية، نشأت دور الصناعة و تطورت، من بنزرت إلى جرجيس مرورا بالمهدية و قرقنة خرجت على لأيدي بنائي السفن عديد الأشكال المرتبطة بميناء دون غيره و لكل شكل ميزاته. و تبقى السفن و المراكب الشراعية أكثر سحرا و إغراء لما توحي به من الجمال و الخيال بأشرعتها البيضاء تملؤها الرياح فإذا بها تتحول إلى أجنحة طيور عملاقة فكأنها الرخ يعيدك لزمن السندباد و رحلاته الخرافية ، عندها نتأكد أننا ننحدر من سلالات من البحارة الفينيقيين و العرب و الأتراك جمَّعنا من معارفهم و عبقريتهم فكان لنا في المتوسط ريَّاس حموا الشواطئ فتحولوا إلى أولياء يُتغنَّى بمناقبهم.
من المراكب التي سكنت في خيال الكثير منا، مركب من اختراع و هندسة بحارة جزيرة قرقنة، مركب ربط لقرون الأرخبيل بالقارة و كان مورد الرزق الأساسي للقراقنة: اللود مركب ذو صاريتين كان و ما زال محل فخر أهل الجزيرة . اندثر اللود من المشهد البحري القرقني و حل محله المركب الهجين الإيطالي ديبوصط ، و كاد يَنمـحي اللود بكل أسراره لولا تعلق أحد المولعين الذي أعاد مغامرة بنائه فدعا من تبقى من الرياس القدامى ليستجمعوا معارفهم الغير موثقة، فحظرت المعجزة و صدقت النية و ولد اللود من جديد كما يولد الطائر البديع من رماده، أنزل المركب للماء و دخل السباق و كسبه. كل هذه المغامرة تم توثيقها وليجعل منها الدكتور الصديق الجدي و العربي بن علي موضوع فلمهما الأنثروبولوجي.
ما زال في الجزيرة لود خرافي آخر يقبع في مكان غير بعيد عن مرسى النجاة، لود تناسته بعض الجهات، مركب يحمل بين ألواحه و مساميره صفحة من صفحات الذاكرة الوطنية القريبة. لود النجاة الذي نقل الزعيم الحبيب بورقيبة أيام النضال التحريري يبدو وكأنه أهمل على شاطئ منسي فحوَّله البعض إلى بؤرة عفنة و نتنة ، نشعر بكثير من الألم لمشهد الخراب المزري و المخجل الذي آل إليه المكان،مشهد لا يمكن البتة أن يترجم العلاقة التي تربطنا بجزء من ذاكرتنا أحببنا أم كرهنا

mercredi 29 septembre 2010

Le Melhun chanté: Ghannayas et Edbas dans les terroirs tunisiens


Le mahfel, nom de lieu de l’arabe « hafala » ( حفَلَ محفل ) est l’espace naturel et originel des joutes poétiques et vocales des Ghannayas et Edba. C’est à la fois un espace et un forum d’échanges entre les artistes d’une part et leur auditoire, hommes et femmes, et les artistes entre eux dans une sorte de compétition dont le but est d’arracher l’admiration de leur public.

Avec sa disposition circulaire, le mahfel offre une grande scène aux Ghannayas pour évoluer tantôt vers le public des femmes et tantôt vers celui des hommes, public séparé comme l’exigent les traditions rurales particulièrement.

Codifié depuis des générations, le déroulement du tour de chants des Ghannayas, exige que le premier passage soit donné par respect à l’ainé, soit en signe d’hospitalité à l’invité (Ghannay venant d’une autre région). Les règles dictent aussi que le premier « duel » soit consacré à la poésie dite « Mekaffer » expiatrice où l’on fait les louanges au prophète et autres poésie du genre ; par la suite c’est une sorte d’échange qui se fait en respectant l’unité du genre et des mètres poétiques proposés par le Ghannay précédant. Il arrive aussi que la confrontation prenne des allures de défis ou de polémiques, genre qu’on appelle « Ahrach » ou agressif – ce genre de confrontation est très rare de nos jours sauf des cas de simulation au bonheur des spectateurs-

Le tour de chant de chacun des Ghannayas et selon les règles du Melhun chanté, se compose des pièces indispensables que sont :

· Le Mouguef (موقف): un poème composé de quatrains, introduit par quatre vers indépendant, ils peuvent être des Tala’ (طالع), ou bien des ‘Oroubi (عروبي) ou des Salhi (صالحي).

· Le Gsim : (قسيم)Un poème à deux vers symétrique.

· Le M’seddes : (مسدس) Un poème à plusieurs strophes de six vers chacune.

Ces trois morceaux sont chantés en Ad libitum selon un rythme propre à chaque phrasé d’une région à une autre.

· Enfin la Malzouma ou souga : (ملزومة أو سوقة) qui est un poème chanté selon des rythmes aussi diversifiés que les mètres des poèmes, avec l’accompagnement de deux « Sa’fas » (سعفاء), des assistants qui reprennent le refrain.

Le tour de chant est par ailleurs ponctué par des exhibitions spectaculaires de « Bardias » (أبَّاردية) qui avec leur tromblons ou carabines exécutent des danses et des sauts avant de faire feu au sol ou en l’air, lors des passages importants du chant. Les tirs nourris des Bardias ainsi que les youyous stridents à répétition, donnent au mahfel et aux Ghannayas plus d’ardeur et d’enthousiasme.

Les terroirs sahélien, mahdois, sfaxien et de Souassi, sont l’espace géographique où les expressions du Melhun chanté est les plus vivaces et les plus prisées populairement. Ces dernières années, ont vu l’éclosion de talents jeunes qui sont venus assurer la continuité d’un art menacé d’extinction du fait de la disparition de l’ancienne génération. Le développement des moyens de diffusion et de communication moderne (Vidéo,C.D, DVD, internet et autres forum sociaux[1]) a largement contribué au regain d’intérêt pour le Melhun chanté parmi les nouvelles générations, un grand sentiment de fierté et de satisfaction se dégagent chez les passionnés de cet art qu’ils considèrent comme une composante fondamentale du patrimoine et de la mémoire.

vendredi 3 septembre 2010

Zokras, Gasbas, tambours, bendirs et rythmes.

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A l’instar des pays du bassin méditerranéens, en Tunisie fleurissent mille et un rythmes aux sonorités des tambours et autres instruments à percussion à peau tendu, ainsi que des instruments à vent de type gasba, fhal (فحل), Zokra et cornemuse (مزود) .
Nous pouvons distinguer deux tendances quand aux origines ethniques des spécialistes de ces instruments et musiques : Une ligne de démarcation sépare les régions de musicien d’origine noire et des musiciens non noirs, cette ligne part approximativement du nord de Gabes pour arriver jusqu’à Nefta.
Cette zone, a eu historiquement des villes-marchés de négoce et de traite d’esclaves, Il est remarquable de constater que le « métier » de Tabbal, et de Zakkar est exclusivement le propre des populations noires. Cette activité était considéré jusqu’au deuxième tiers du 20ème siècle comme « dégradante » pour les « ahrar ». Ainsi les transmissions de l’art de la percussion et des mélodies de la Zokra étaient exclusivement relayées par des familles de descendants d’esclaves qui ont été rattachées pour la plus part aux familles de leurs anciens « maîtres » quant à leur patronymes. Certains continuent à être dénommés par l’appellation de « äbid » (esclaves) h’marna ou âbid Ghbounten ; le terme de âbid signifie en général dans ces régions « le zakkar ou le Tabbal ».
Outre cette distinction historique et anthropologique résultante de la ligne de démarcation, il en est une purement technique et artistique quant aux styles rythmique et mélodique de chacune des deux régions. On constate en effet, des structures rythmiques nettement plus diversifiées dans la région au nord de la ligne de démarcation, les rythmes Fazzaâi, sayya, khil, âllagi et autres derrazi et hammedi, se caractérisent par la complexité du tempo et des enchainements jubilatoires dansants où le jeu du cheval a une place de choix. Ces enchainements découlent d’une grande variété de chants particulièrement dans les hauteurs des plateaux de l’ouest.
Quant aux rythmes de la région sud, au nombre de cinq : le Chehid, le Taouahi, le Jeridi ou le Douiri, le Zgaïri et le Gougou sont fortement imprégnés d’influences à la fois africaine ( Le Gougou, le Jeridi et le Zgaïri) et de mélodies bédouines propre au zones sahariennes ( Le Chehidi et le Taouahi) Les rythmes Jeridi et Gougou offrent des spectacles de danses de fusils ( le Miz) et de bâtons, fort attrayant et spectaculaire.
D’autre part les danses aux rythmes de tabla des ghbounten ou H’marna une sorte de grand plat en bois d’olivier recouvert d’une peau de dromadaire tendue sont spécifiques de la région de H’marna (Mareth) et de Médenine.
Le Nakh (Danse de la chevelure des femmes) naguère répandu dans tout le sud et le sud est, retrouve depuis quelques temps de plus en plus d’accueil et d’intérêt particulièrement à El Faouar et à Douz.
Par ailleurs il convient de signaler le caractère spécifique des îles de Jerba et de Kerkena, bien que chacune appartienne à une région différente de l’autre quand aux origines ethniques de ses musiciens, il n’en demeure pas moins qu’elles ont en commun beaucoup d’éléments mélodiques et rythmiques résultants probablement d’emprunts et d’influences croisées dus aux migrations entre autres, ce qui leur donne un cachet que l’on ne rencontre nulle part ailleurs.