mercredi 5 décembre 2012

كيف جانا خبر الممات***قصدنا ربي في فرحات





Le 5 décembre 1952, j’avais à peine 8 ans, une journée de grisaille et de pluie nous habitions du côté de la place aux moutons( Rahbet el ghenam) je ne me rappelle pas quel jour c’était. On partageait une maison arabe avec dar et 3ali, tous originaire de ce village du sud. Mon père et les autres cousins proches ou éloignés partageaient cette sensibilité nationaliste bourguibienne. On ne parlait que politique, on écoutait que les informations à partir de la BBC en langue arabe, ou radio le Caire. Tous les matins à l’aube un marchand de journaux de Chenini glissait le journal Assabeh sous la porte. Le téléphone était rare les informations se transmettaient par le téléphone plutôt berbère pour nous, notre communauté dont une majorité était porte faix, était concentrée au marché de gros, tous syndicalistes. Vers neuf heures du matin, le travail au marché de gros était terminé, à leurs retour, les oncles avaient une mine maussade et grave, rapidement la nouvelle se répandit comme un feu dans la broussaille : Farhat mat…. Farhat mat….
Chouchet Rades restera pour ma mémoire de gamin synonyme de ce lâche assassinat commis par le groupe para colonial et policier "la main rouge". Depuis ce jour j’avais une phobie des mains enduit de henné, la couleur rouge est devenu synonyme de la mort de Farhat Hached… Farhat fût le "petit ami" du peuple tunisien celui à qui tout le monde s’identifiait, cet autodidacte dont la personnalité s’est forgé dans la lutte quotidienne, celui qui a su percevoir ce tunisien tel que l’a perçu Mohammed Ali El Hammi, dans sa simplicité et dans sa misère. Longtemps l’image de Hached demeura vivace dans la mémoire collective de tous les tunisiens par la poésie de ses aèdes tel le grand Mohammed Essghayer Sassi. Avec son poéme répété par ces chansonniers sur les places publiques de Bab Ménara, Souk El 3Asr, Halfaouine ou toutes les places de souk hebdomadaire de l’intérieur.
Dans notre pays nous avons l’art inimaginable de cultiver le culte de la personnalité d’une manière complaisante et de réduire à néant l’apport de ces hommes et de ces femmes des plus humbles et anonymes aux plus prestigieux.
A mes frères Noureddine , Naceur Hached* et leur maman une pensée émue à la mémoire de celui qui a été leur père et époux et à celui qui fût le fils de ce peuple.
Farhat Hached la Tunisie ne t’oubliera pas.

*Article écrit le mercredi 5 décembre 2007 avant la disparition de Naceur